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L'inoubliable vague de froid de janvier 1985

Les 8 janvier 1985,  Nice est ensevelie sous 38 cm de neige avec une température de -7°C ! Photo apparaissant dans le livre "Quel Temps" Guillaume Séchet

 

 

L'un des hivers les plus marquants de ces dernières décennies

 

Après deux hivers exceptionnellement doux, une vague de froid mémorable frappe la France du 3 au 18 janvier 1985, et son intensité est comparable à celle du mois de février 1956.

Au fil des jours, le froid devient de plus en plus présent dans la vie des Français, qui n'étaient plus habitués à de telles conditions depuis des décennies.  A cette époque on entendait déjà souvent dire que les hivers étaient autrefois plus rigoureux, nous amenant à croire qu’un « vrai hiver » n’était plus possible (même si le réchauffement climatique n’était pas encore un sujet de préoccupation). D'autre part, à quinze ans de l’an 2000, la société française découvre que le froid peut encore ralentir l’économie et causer de nombreuses victimes...

 

Représentation de l'intensité et de la durée des vagues de froid en France depuis 1947 - via Météo France

 

Le vendredi 4 janvier 1985 marque le vrai début des hostilités 

L'épisode de neige qui recouvre le Nord et le Centre du pays dans l'après-midi du vendredi 4 janvier 1985 annonce l'arrivée d'un froid d'une intensité rarement observée à nos latitudes.  Le lendemain matin, le thermomètre affiche -24°C à Luxeuil-les-Bains (70) et -20°C à Reims, tandis que dans l’après-midi du 5 janvier, les températures ne dépassent pas -10°C sur tout le quart Nord-Est !

Dans la nuit du 6 au 7 janvier 1985, une tempête de neige paralyse la moitié Nord de la France, ainsi que le littoral Basque et la Corse. Cette épaisse couche de neige contribue à installer durablement le froid et à l'intensifier. 

La Côte d’Azur connait à son tour un épisode inédit, et Nice est ensevelie sous 35 à 50 cm de neige entre les 8 et 9 janvier. De nombreux Niçois, contraints d’abandonner leur véhicule doivent rentrer chez eux à pied, le ski devenant le moyen de locomotion le plus adapté...!  L’aéroport international est fermé et la région, isolée du reste de la France, est déclarée zone sinistrée. Paradoxalement, les stations de ski de l’arrière-pays ne sont pas touchées par la neige. Ce sont donc les engins de déblaiement des centres de sports d’hiver qui viennent en aide aux services techniques des villes riveraines, rapidement débordés par l’ampleur de l’événement.

 

 

 

Jusqu'à -48,5°C dans le Jura !! 

 

Le cœur de cette vague de froid intense est observé du 14 au 17 janvier 1985, avec des températures qui descendent en dessous de –40°C sur les hauts plateaux du Doubs (notamment vers Mouthe). Un particulier relève même une température de -48,5°C à La Combe Noire (Jura). Cette valeur qui paraît tout à fait incroyable est tout a fait possible car il a déjà été mesuré en dessous de -45°C dans ces « trous à froid » où aucune station météo n'est installée

Au pire de cette vague de froid, on relève par ailleurs -25°C à Louviers (Eure), -23°C à Troyes, Nevers et Clermont-Ferrand, -22°C à Reims, -18°C à Paris et -12°C à Biarritz.

 

Cette photo n'a pas été prise dans le Doubs, mais bien Boulevard Saint-Germain, dans le centre de Paris, à la mi-janvier 1985, alors que la température descend facilement en dessous de - 10°C ! archives meteo-paris.com 

 

 

Des conséquences désastreuses 

 

Malgré les progrès réalisés depuis les vagues de froid de 1956 et 1963, les conséquences de cet hiver rigoureux sont similaires, causant des dégâts considérables. La surmortalité engendrée par cette vague de froid est supérieure à celle de la vague de chaleur de juillet 1983. Le froid polaire de janvier 1985 aurait en effet tué 9 000 personnes (+12%), notamment chez les personnes âgées et les sans-abri, dont le nombre a augmenté de manière significative depuis le début 1981. Le métro parisien ouvre alors certaines de ses stations désaffectées, comme St-Martin.

De plus, le gel du gazole dans les réservoirs des véhicules est fréquent, obligeant les transporteurs à livrer le vin et le lait sous forme de pains de glace. Les ruptures de canalisations dues au gel sont légion, entraînant des inondations.

La végétation est également fortement impactée par ces températures exceptionnelles, les palmiers gelant superficiellement sur la Côte d’Azur. Les prix des fruits et légumes atteignent des sommets, obligeant certains à recourir à des outils lourds comme des marteaux-piqueurs ou des pelles hydrauliques pour arracher les poireaux, la terre étant gelée sur plusieurs dizaines de centimètres. 

La plupart des cours d’eau sont gelés et des banquises se forment sur le littoral de la Mer du Nord et l’embouchure de la Loire, comme lors des précédentes vagues de froid. Le 16 janvier 1985, le pont suspendu de Sully-sur-Loire (Loiret) s’effondre, les câbles cédant sous l’effet du froid. Trois véhicules s’y trouvent au moment de l’accident, mais heureusement, il n’y a pas de victime ! 

 

L'effondrement du pont de Sully-sur-Loire (Loiret) en raison du froid extrême (-22°C) ayant fait éclater les câble d'acier. Photo d'archives meteo-paris.com

 

La faune est également touchée par ce mois de janvier glacial, et des centaines de Flamands roses de Camargue meurent de froid, piégés dans les étangs gelés.

Parallèlement, les coupures d’électricité se multiplient, l’EDF peinant à répondre à la demande croissante. L’angoisse de la panne du 19 décembre 1978 est ravivée chez tous. Nos exigences de confort augmentent d’année en année, entraînant une hausse de la consommation d’énergie. Une manifestation humoristique contre le froid a même lieu au métro Glacière, à Paris ! Les radiateurs d’appoint, très gourmands en énergie, sont souvent à l’origine des disjonctions. Dans le XIe arrondissement de Paris, par exemple, 40 000 personnes sont privées d’électricité pendant trois jours.

Les incendies causés par des chauffages mal entretenus ou des courts-circuits sont nombreux. Une partie de l’hospice de Grandvilliers est ravagée par les flammes, le toit s’écroulant sur 26 personnes âgées immobilisées dans leurs lits. Un pâté de maisons du centre historique de Troyes disparaît également dans un immense incendie. La température frôle les -20°C au moment de la catastrophe, et l’eau des lances gèle sur les maisons, créant un spectacle saisissant !

Le froid impose également un arrêt brutal dans le secteur du bâtiment et des travaux publics. Il est impossible de manipuler le béton, le ciment, de creuser le sol ou de travailler en extérieur. Pendant plus de quinze jours, des milliers de maçons et plâtriers sont placés en « chômage intempéries ».

Le thème du réchauffement climatique n’est pas encore réellement abordé, et au cours de cette vague de froid, on évoque même les projets de l’URSS pour contrer les hivers rigoureux et réchauffer le pays !! Trois projets audacieux sont envisagés : placer d’immenses miroirs en orbite, répandre de la poudre noire pour favoriser la fonte des glaces et réduire l’albédo, et construire un barrage sur le détroit de Behring pour pomper les eaux douces vers la banquise…  À cette époque, ignorait-on que ce processus était probablement déjà en cours et que cette machine infernale deviendrait l’une de nos préoccupations majeures quelques années plus tard ?

 

 

Un hiver qui évoque également de bons souvenirs 

 

Si les conséquences de cette vague de froid ont été immenses, la neige et le froid transforment la France en un pays du Nord, et ces deux semaines resteront gravées dans la mémoire de ceux qui l'ont vécu... 


J'avais alors 16 ans, déjà passionné de météo depuis ma plus jeune enfance, et ce mois de janvier 1985 fut pour moi l'occasion de découvrir ce qu’était une vraie vague de froid :

"Nous étions en région parisienne, au tout début du mois de janvier 1985. Depuis quelques jours, le froid s’installait doucement, sans excès, comme un hiver qui hésite encore à montrer les dents. De temps à autre, une neige fondante traversait l’air gris, sans vraiment s’imposer, laissant une atmosphère morne plutôt que véritablement hivernale. Rien ne laissait présager ce qui allait suivre.

Puis vint le vendredi 4 janvier. J’étais au collège, assis en cours d’anglais, lorsqu’aux alentours de 15 heures quelque chose changea brusquement. Une averse de neige, bien plus dense que les précédentes, capta l’attention de toute la classe. Par la fenêtre, le paysage se métamorphosait à vue d’œil : le sol blanchissait, et les immeubles situés à une cinquantaine de mètres disparaissaient peu à peu derrière un épais rideau blanc. Le temps semblait s’être accéléré.

Une heure plus tard, à la sortie du cours, ce n’était plus le même monde. Le décor évoquait désormais un pays nordique. En l’espace de soixante minutes, les températures avaient plongé sous les -5 °C, tandis qu’un vent glacial continuait de souffler. Tout était figé, recouvert de glace, et des voitures abandonnées jalonnaient déjà les bas-côtés des routes, surprises par la brutalité du froid.

La nuit fut claire, implacable. Le thermomètre descendit jusqu’à -10 °C. Le week-end qui suivit fut polaire : le samedi après-midi ne connut pas mieux que -7 °C, et le dimanche 6 janvier au matin, le froid atteignit -12 °C. C’est ce jour-là qu’une nouvelle tempête de neige, bien plus violente que la première, s’abattit sur la région, comme sur toute la moitié nord du pays.

Ce n’était pourtant que le commencement. Une vague de froid historique s’installait, appelée à durer près de deux semaines. Dans ma ville, située dans la plaine de Versailles, le paroxysme fut atteint le 17 janvier, lorsque le mercure chuta jusqu’à -18 °C, scellant définitivement le souvenir d’un hiver hors du commun."

 

La vague de froid de janvier 1985 a fait surtout la joie des enfants - et aussi parfois de leurs parents... Ici en Seine et Marne - archives meteo-paris.com

 

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Auteur : Guillaume Séchet

 

Photo de Guillaume SECHETHistoire du site Météo Bruxelles